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"Tous les trois jours, un gay se fait tabasser"
Propos recueillis par Alexandra GUILLET
Constatant une recrudescence des agressions physiques contre des homosexuels ces derniers mois, plusieurs associations de lutte contre l'homophobie ont mis en place une cellule de crise. Dans quel but ? De quelle manière se prémunir de telles agressions ? Jacques Lizé, secrétaire adjoint de SOS homophobie, répond à LCI.fr
Créé le 28 avril 2006
LCI.fr : Pourquoi avoir créé une cellule de crise regroupant SOS Homophobie, le SNEG, Act Up Paris et le Groupe Action Gay et Lesbien-Loiret ?Jacques Luzé, secrétaire adjoint SOS homophobie : Nos associations ont toutes constaté une recrudescence importante des agressions homophobes ces derniers temps. Rien que sur la ligne d'appel de SOS Homophobie, le nombre d'agressions signalées a été multiplié par six en six ans, passant de 23 cas en 2000 à 133 en 2005. Il faut savoir que ce chiffre n'inclut pas les simples bousculades ou insultes. Il signifie juste que tous les trois jours en France, un homosexuel ou un transexuel se fait tabasser ! Et c'est un minimum, puisque nombre d'agressions ne nous sont pas signalées.
"Avant, quand un homo se faisait insulter, on lui disait "sale pédé". Maintenant, c'est "je vais te cramer"" Si la cellule a été créée, c'est parce qu'il y a eu une vague récente d'agressions graves, ayant parfois conduit à la mort*. Peut-être qu'il s'agit d'une simple coïncidence, mais quoi qu'il en soit il n'y a pas de fumée sans feu. On constate depuis plusieurs mois une forte dégradation du climat social. Tous les homosexuels pourront vous le dire. Avant, quand un homo se faisait insulter dans la rue, on lui disait "sale pédé". Maintenant, c'est "je vais te cramer". Les lieux de drague qui servent à une petite proportion de gays deviennent eux-aussi de plus en plus des lieux de violence, de "chasse au pédé".
LCI.fr : Quelles actions de sensibilisation entendez-vous mener avec cette cellule ?J.L. : Nous nous sommes regroupés pour mutualiser nos forces et nos compétences. L'objectif est de retirer aux agresseurs l'idée qu'ils peuvent casser du pédé en toute impunité. Il y a des lois qui doivent être respectées. On s'est fixé plusieurs objectifs. Essayer d'être omniprésent sur le terrain, en consolidant nos passerelles avec les associations locales. Développer des outils pour permettre à tous ces acteurs locaux de réagir très vite pour signaler ce type d'agression et accompagner correctement la victime.
Sensibiliser les policiers aux agressions homophobes, comme ils l'ont été à propos des femmes battuesIl faut également saisir les pouvoirs publics en leurs proposant des mesures concrètes. Cela passe notamment par la sensibilisation des policiers enregistrant les plaintes aux agressions homophobes, comme ils l'ont été à propos des femmes battues. Il faut leur expliquer que si une victime déclare que durant son agression elle s'est faite traiter de pédé, il faut le noter. C'est très important car depuis la loi de janvier 2003, il n'y a plus de classement sans suite possible des plaintes pour agression à caractère homophobe. Le traitement en justice devient différent. Ensuite, il va falloir trouver un moyen de mieux sécuriser les lieux de drague. Enfin, nous allons voir s'il n'y a pas moyen de lancer une campagne nationale de sensibilisation, à travers les médias.
LCI.fr : Avez-vous des règles de prudence à donner à la communauté homosexuelle pour se prémunir de telles agressions ?Jacques Luzé : La moitié des agressions homophobes ont lieu sur la voie publique. On ne peut pas dire aux gens de ne pas s'embrasser dans la rue. C'est leur vie et c'est leur droit. Néanmoins, nous conseillons à ces personnes de se munir d'un sifflet, qui peut servir à alerter les personnes alentour en cas de problèmes. Par ailleurs, la solidarité s'applique dans les deux sens. Si vous entendez ou voyez quelque chose de suspect alertez les personnes alentour et intervenez !
En revanche, concernant les rencontres non sécurisées, il est certain que quelques règles de prudence et un minimum de vigilance s'imposent. En voici quelques unes : • Au premier rendez-vous, préférez un lieu public (un bar par exemple). • Ne donnez pas le numéro de téléphone de votre domicile, échangez vos numéros de portable et appelez votre correspondant pour vérifier ses coordonnées. • Informez un proche de votre RDV et donnez-lui les infos dont vous disposez • Laissez entendre à votre partenaire qu'une autre personne est au courant de ce rendez-vous • Si vous ne vous sentez pas à l'aise ou rassuré, n'hésitez pas, abrégez le rendez-vous • Si vous accueillez quelqu'un chez vous et qu'il porte un sac, méfiez-vous de son contenu. Dans les récents cas d'agressions s'y trouvaient cordes, scotch, armes...
*Dans un communiqué, SOS


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